Ce prix peut être fixé d'un commun accord en amont de la fabrication (planification publique ou sectorielle comme dans la grande distribution), ou être le résultat d’une négociation sur le marché (marchandage comme à la bourse).
Dans tous les cas, un prix n’est nécessaire que s’il y a un échange. L’autoproduction n’a pas besoin de prix (travaux domestiques, bricolage...).
Si le prix est fixé par une institution (par exemple pour le logement, les produits de première nécessité, la base énergétique…) Ce prix doit a minima couvrir les coûts de production sinon personne ne produira le bien. Le prix doit a minima permettre de payer les salaires, des dividendes, d’acheter des machines, d'acquérir et de financer les usines et les entrepôts, etc. Ce prix peut être payé sous forme d’impôt, c’est le cas pour la production publique, par exemple pour financer l’école ou l'entretien des routes.
Si le marché fixe le prix, celui-ci devient fluctuant.
Au départ, si le produit est une innovation et qu’elle plaît, le prix va grimper très vite. La demande sera supérieure à l’offre, il n’y a pas assez de produit pour tout le monde. Mais cela ne dure qu’un temps. Les fabricants se multiplient, attirés par le gain, et augmentent la production. Le prix va alors tendre vers un niveau d’équilibre. C’est pendant ce temps d’ajustement que les producteurs vont faire du bénéfice. Ils vendent au meilleur prix.
Mais si le prix reste trop élevé la demande se tarit très vite et les stocks s’accumulent.
Pour séduire les consommateurs moins aisés ou moins intéressés, les producteurs se trouvent alors contraints de baisser leur prix, ce qui a pour effet de relancer la consommation. Ils font moins de marge mais ils écoulent la production. Les stocks diminuent.
Avec le temps, la demande étant de plus en plus satisfaite, le prix ne cesse de baisser jusqu’au prix plancher du coût de production en dessous duquel la production s’arrête. Pendant toute cette période, le profit des entreprises s’amenuise.
Soit l’utilité du bien est pérenne, auquel cas l’entreprise se contente de produire le renouvellement correspondant à l’usure du produit. Soit l’utilité se dégrade, les ventes s'estompent, l’entreprise abandonne la fabrication du produit pour proposer une innovation. D’où la nécessité de l’investissement.
La liberté des prix joue un rôle essentiel dans le dynamisme économique. Empêcher ce mécanisme d’ajustement freine l’adaptation de l’offre à la demande et nuit à l’innovation. Mais inversement, pour les biens de base qui n’ont pas à évoluer, la fluctuation des prix est nocive (école, réseaux, hôpital, ou même les aliments essentiels ou le seuil énergétique).
Le marché est donc incontournable seulement pour les biens et services qui ne concernent pas la satisfaction des besoins fondamentaux d’un être humain (manger à sa faim, être en sécurité, avoir accès aux savoirs et à l’information, posséder un espace à soi avec un minimum de confort).
La satisfaction des besoins fondamentaux sera mieux réalisée avec des prix réglementés gérés par l’action publique. Les biens correspondants seront alors produits par des entreprises publiques ou associatives sans but lucratif.
Les déséquilibres
Ils surviennent lorsque les prix sont réglementés alors qu’ils ne concernent pas des biens fondamentaux (cas de l’URSS) ou à l’inverse s’ils sont libres pour des besoins fondamentaux (cas de la société libérale comme les USA). Il faut aussi tenir compte des prélèvements obligatoires qui gonflent le prix de base. Un prélèvement de 45 % ( France) double le prix de base. Si les impôts ne vont pas à la communauté mais enrichissent des particuliers (capitalisme, corruption), les prix deviennent trop élevés pour la plupart des consommateurs. L’économie entre dans une spirale dépréciative et la pauvreté s’installe durablement (cas de nombreux pays africains).
La publicité augmente la demande artificiellement en rendant l’utilité de l’offre plus attrayante qu’elle ne l’est réellement, par exemple en jouant sur le besoin de reconnaissance (la valorisation de l’apparence). La publicité artificialise donc les besoins, maintient des productions inutiles ou surabondantes et détourne l’argent de l’investissement : 700 Mds d’euros sont dépensés dans le monde pour la publicité, à comparer aux 1000 Mds consacrés à la R&D !
La spéculation, pratiquée par des intermédiaires entre les producteurs et les consommateurs, consiste à anticiper l’offre et la demande, ce qui augment ou dénature le prix non en fonction du marché mais d’une idée que l’on se fait du marché. Si les spéculateurs estiment que la demande sera forte, ils stockent les produits et organisent la rareté pour faire grimper le prix (bulle spéculative). Dans le cas contraire, ils se débarrassent des stocks brutalement (krach). La spéculation agit partout, dès qu’une bourse centralisant les échanges se met en place (sur les titres financiers, sur les matières premières, sur les entreprises, sur l’énergie et même sur les médicaments ou la pollution). D’où l’importance de sortir les biens indispensables ou communs des marchés boursiers.
Les monopoles et oligopoles formés par les entreprises multinationales (Google, Amazon, l’industrie pétrolière, les constructeurs d’automobiles, les grands distributeurs…) qui organisent la concurrence sur les marchés, en imposant des normes, en achetant les brevets ou en cassant les prix… Ce dumping fausse le marché et empêche l’apparition de nouveaux producteurs. Le commerce se fige dans un statu-quo au seul avantage des grandes firmes.
Le gaspillage représente 20 % des produits alimentaires (1/5) et se chiffre à 900 Mds d’euros dépensés pour rien dans le monde. Il est dû à un manque d’information, la demande et l’offre ne sont pas suffisamment connues et maîtrisées ; à la dureté de la compétition qui pousse les producteurs à adopter des comportements moutonniers dès qu’un produit se vend ou ne se vend plus ; à l’avidité des occidentaux qui exigent plus de produits que ce dont ils ont réellement besoin ; à la mondialisation qui éloigne le producteur du consommateur et multiplie les intermédiaires ; à la technologie qui augmente démesurément la productivité et qui réduit le temps séparant la production initiale de la surproduction. Nous pourrions inclure dans le gaspillage les coûts parasites (la non valeur ajoutée) comme ceux d’une administration trop bureaucratique.
L’écologie, enfin, qui nous oblige à respecter les capacités de production de la nature et à prendre en compte les stocks non renouvelables de matière première. Le fait de consommer plus que ce qui est disponible augmente le prix par déficit d’offre. L’augmentation des prix ne peut dès lors être qu’exponentielle. La seule façon de contrer ce phénomène est de restreindre notre consommation jusqu’à atteindre un niveau acceptable de prélèvement.
Tous ces dysfonctionnements sont liés au capitalisme, au fait qu’il n’y a pas de limites à l’enrichissement. Dans un tel système, il est possible et avantageux de croître toujours plus, d’augmenter sans cesse sa puissance et donc d’accentuer les anomalies de prix. Sans ces excès, le prix des choses serait plus proche de la réalité des besoins et aussi plus équitable. Encore faudrait-il que nous soyons responsables et conscients de l’impact de nos activités sur la nature et sur le vivant et que cette réglementation ne devienne pas bureaucratique. Auquel cas les prix seraient de nouveaux faussés par une non-valeur ajoutée excessive.