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Le partage de la Valeur ajoutée constitue la rémunération primaire des facteurs de production. C’est ce que l'on obtient en échange d'un travail ou d'un investissement.

Dans une économie libérale, cette rémunération primaire constitue l’essentiel des revenus. La solidarité ne joue pas, chacun est responsable de son sort et de celui de sa famille.

Dans une économie sociale, il existe une rémunération secondaire qui vient corriger les inégalités du libéralisme afin d’éviter aux entreprises et aux individus en difficulté d’être totalement exclus des marchés et de la société.

Ces revenus secondaires sont de deux formes : les subventions pour les entreprises et les prestations sociales pour les individus.

Les subventions sont versées aux entreprises en difficulté ou dont l’utilité s’avère indispensable à la nation (alimentation, sécurité, recherche...).

Les prestations sociales sont des transferts d’argent versés aux habitants qui se trouvent en difficulté.
Elles sont associées à six grandes catégories de risques :

  • La vieillesse (pensions de retraite, prise en charge de la dépendance).

  • La santé (prise en charge des soins et de l'invalidité).

  • La famille (prestations liées à la maternité, allocations familiales, aides pour la garde d'enfants).

  • La perte d'emploi (indemnisation du chômage).

  • Les difficultés à se loger (aides au logement).

  • La pauvreté (revenu minimum).

Ces revenus secondaires sont financés par les impôts et les cotisations que tous payent, y compris les plus pauvres dès qu’ils font ou achètent quelque chose (TVA). En France, les prélèvements obligatoires, tout confondus, atteignent 45 % de la VA. Mais au-delà de cette solidarité, l’État et les collectivités financent le bien public (réseaux de communication, institutions,..), la sécurité,  une partie des soins, l’éducation et l’administration générale. Des biens qui ne sont pas facturés au consommateur mais que tout le monde utilise. C’est une forme de rémunération indirecte.

En gros, quand vous payez 2 euros dans un commerce, 1 euros va à la production (salaires, dividendes, investissements), 1 euros va à l’État, dont 20 centimes sont dépensés en bien commun et 80 centimes redistribués aux habitants.

Un monde parfait

Au premier abord, cette économie redistributive paraît parfaite. Mais à y regarder de plus près on note de nombreuses curiosités.

Prenons par exemple les allocations logements. Elles sont versées aux plus démunis pour payer le loyer lié à la location de leur logement. Or les logements à louer sont par définition propriété des plus riches qui ont de l’argent à investir (25 % des ménages les plus aisés possèdent 70 % des logements à louer). L’allocation versée aux plus pauvres finit donc dans les poches des plus riches.

Il en va de même pour la vieillesse. La pension est en moyenne deux fois plus élevée pour un cadre que pour un ouvrier : Plus de 800000 euros pour certains cadres supérieurs, moins de 400000 euros pour la plupart des ouvriers. Pourtant, les cadres n’ont pas besoin de la même solidarité, leurs revenus leur permettent tout au long de leur vie d’investir pour leurs vieux jours, ce que ne peuvent pas faire les petits salaires.

Pareil pour les subventions agricoles qui se basent sur le nombre d’hectares cultivés ou le nombre de têtes de bétail. Un gros propriétaire qui vit confortablement de sa production touche donc plus d’aide qu’un agriculteur de montagne qui galère pour se faire un salaire raisonnable.

Pareil encore pour les niches fiscales, ces subventions déguisées qui permettent par exemple aux plus riches de ne pas payer d’impôts s’ils acquièrent un logement pour le louer ou s’ils investissent dans une entreprise qui plus tard leur versera des dividendes.

Même disproportion pour certaines taxes ou impôts qui ne tiennent pas compte des revenus primaires. Si vous habitez la campagne, que vous soyez riche ou pauvre, vous payerez la même taxe sur les carburants pour vous rendre au travail et votre taxe foncière au mètre carré ne sera pas très différente.

Ce décalage se retrouve également dans le bien commun a priori égal pour tous. Le système éducatif par exemple, payé par tous, bénéficie grandement aux familles aisée dont les enfants sont très majoritaires dans les grandes écoles et en troisième cycle universitaire.

La commande publique favorise également les grandes entreprises aux dépends des petites. Les subventions culturelles par exemple financent essentiellement les grosses structures qui n’en n’ont pas besoin (festival de Cannes, Opéra Bastille…) ou dont les prix d’accès interdisent l’entrée aux classes populaires.

Etc, etc.

La dette et les intérêts

Les transferts de richesse ne se font pas uniquement par la voie de la redistribution, de la consommation ou du financement public. Le mécanisme de dette avec intérêt est également un excellent moyen d’accroître un capital. Vous prêtez 100, on vous rend 110. Mais pour pouvoir prêter, il faut de l’argent en plus de vos dépenses ordinaires. Il faut donc être riche.

Prenons l’exemple de la dette publique : c’est un transfert de l’argent public vers les comptes en banque des plus riches. Tous les contribuables financent, seuls les plus riches encaissent.

Une dette est une création monétaire qui se détruit au remboursement. Les intérêts eux ne se détruisent pas, ils sont payés par l’emprunteur comme le prix du service rendu. Cette somme supplémentaire n’est pas créée par la banque mais collectée pour elle par l’emprunteur soit en ponctionnant ses propres revenus, soit en rentabilisant son achat (loyer de location par exemple). Au final, c’est le dernier consommateur de la chaîne qui paye l’intérêt, souvent le plus pauvre, et c’est la banque qui l’encaisse au profit de ceux dont les investissements ont permis le crédit. C’est donc toujours le plus pauvre qui rémunère le plus riche, comme dans une chaîne alimentaire biologique. Un grand nombre de petits nourrissent un nombre moindre d’intermédiaires qui nourrissent un faible nombre de gros.